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ASMAA SAMLALI & KARIMA EL KHARRAZE
Critique de Zdenka Tchamkerten, 11 mai 2026
“Tirer le fil“
C’est l’histoire d’Asmaa, une jeune réfugiée ayant traversé la Méditerranée pour venir trouver en France un nouvel espoir. C’est le récit d’une femme ballottée entre l’envie de se sentir chez soi dans un tout nouveau pays et l’implacable violence administrative qui ne lui souhaite pas une franche bienvenue. C’est l’histoire aussi, en sous couche, d’un pays - un certain hexagone - amoureux de la paperasse par montagnes, un pays de répondeurs automatiques incompréhensibles, au langage bureaucratique indigeste, un pays où le mot Queer essaye de gagner en visibilité et en paix.
Elles sont deux sur le plateau. Deux femmes alternant entre jeu et musique. Il y a d’abord Asmaa - interprétée par Asmaa Samlali - celle qui raconte son histoire. Et puis, il y a Zoé - interprétée par Zoé Kammarti - celle qui jongle entre son ordinateur, sa voix et diverses personnages. Et dans cette histoire, il y a les pokémons. En 2017, le jeu Pokémon Go est en plein essor et Asmaa voit dans cet univers des amis.es fidèles, des figures puissantes qui l’accompagneront durant son voyage.
Dans le spectacle, les pokémons sont comme un fil rouge. Et le public le sait d’emblée : Asmaa est Pikachu. D’autres pokémons apparaissent dans des films projetés sur scène, interprétés par des comédiens.ennes portant des cagoules à l’effigie de leur personnage (comme Asmaa pour Pikachu). Iels deviennent alors comme des figures révolutionnaires, des figures révolutionnaires qui attendent à la préfecture que l’état daigne répondre, daigne donner les papiers attendus, daigne les recevoir dans un bureau pour un rendez-vous agendé il y a des mois.
La pièce oscille entre un réel ancré dans des réalités très concrètes - les demandes d’aides au logement, le renouvellement des papiers - et des moments évanescents, où les mots se mêlent à la musique, où la poésie devient chantée, des moments de respiration dans un spectacle où l’histoire est placée au centre, où le récit avance, toujours, car il faut dire, il faut parler, il y a urgence à raconter.
Si la pièce captive du début à la fin, on pourrait avoir envie que les comédiennes prennent davantage l’espace et que les corps soient encore plus impactés. L’on comprend bien l’histoire par les mots, mais la dimension du corps est, elle, placée quelque peu en mineur et nous donne envie qu’elle soit plus approfondie, que les mouvements initiés soient davantage exploités, tirer ce fil pour aller encore plus loin.
Le texte est adressé aux spectateurices les yeux dans les yeux. Ici, il n’est pas question de quatrième mur. Au contraire, le public est invité.e à suivre le récit d’une vie, ici on parle de vie à vie. Si bien, qu’à la fin de chaque représentation, un.e membre d’une association choisie par la compagnie est invité.e à monter sur scène pour parler de son association. Le public peut ensuite poser des questions, prendre des informations, le geste de partage et de connexion développé dans la pièce va alors au bout de son mouvement. La Compagnie A Bout Portant qui porte le spectacle donne un sens actif au théâtre, le public peut non seulement voir mais aussi agir, et ça fait du bien.
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Texte, conception et jeu Asmaa Samlali
Dramaturgie et regard extérieur Karima El Kharraze
Composition et musique live Zoé Kammarti
Collaboration à la mise en scène Virgile L. Leclerc
Scénographie Shehrazad Dermé
Aide à la scénographie Rudy Gardet
Vidéo Samir Ramdani
Création lumières et régie Myriam Adjallé
Production Pauline Delaplace et Anouk Le Quilleuc
Diffusion Caroline Berthod
(Vu au Théâtre 13 - Paris - le 14 mars 2026)